Hammershøi / Ren Hang

‘‘Hammershøi,le maître de la peinture’’ – Musée Jacquemart-André, jusqu’au 22 juillet 2019.

‘‘Love, Ren Hang’’ – Maison Européenne de la Photographie, jusqu’au 26 mai 2019.

Et bien sans ambages, je n’ai qu’un adjectif à dire : horribilissimis. Et plus onomatopéique : flip flap flop pour Jacquemard tintamarre. En effet au musée Jacquemart-chaussure, pied de grue au menu car temps d’attente imparfaitement estimé par mon gousset à 22’45’’99 pour franchir la ligne d’arrivée. 

L’exposition tant attendue Hammershøi fait schtroumpf grognon trognon : impossible d’apprécier les calmes intérieurs danois avec le tourniquet d’entrée qui, rythmiquement, fait entendre son ‘‘tong’’, qu’on croirait reproduire John Cage et son cactus sonorisé . A l’intérieur c’est tournique bourrique, les pièces – pas bien grandes – sont percluses de personnes, prenant photos dès qu’un bout de tableau se dégage, entre les paparazzis faisant razzia photographique de tableaux qu’ils ne verront qu’à travers le cadre de leur phonetel, les commentaires du club du troisième âge débarqué de TrifouillislesOies, et le reste du proutprout public, – c’était tout à fait irrespirable. Pourl’agoraphobique élurophobe, à fuir de toute urgence. Fourbu de fatigue, perclus de paresse pour supporter telle promiscuité, malade de la marmelade, je dois dire qu’Hammershøi est passé au pas de course : je préfère donc ne pas parler trop des tableaux, pourtant ne sont pas en cause les calmes intérieurs danois pastellement floutés, avec des jeux sur des géométries de lumière délicates de ce Vermeer danois.

Et si à ces nordiques atmosphères de salon, trop enserré corseté, vous préférez le peps, la pulpe, la chair, rdv à laMEP, Maison Européenne de la Photographie, pour un peu de sisheying chinois avec la première rétrospective du photograffeur à ses heures perdues(puisqu’il est mort),Love, Ren Hang. Dans des scénographies intimistes, très flashy pop culture – qui révèlent à la fois l’influence de la photo commerciale (Hang travaillera lui-même pour des méga magazines comme Vice, GQ Style ou des campagnes pour Gucci Gang Gucci Gang Gucci Gang pour Lil Pump) et d’Araki, du côté nippon, photographie noir et blanc avec des mises en scène bondage James Bond, où des corps féminins, essentiellement, sont pris en ficelle. Petit protégé de Wei Wei, Ren Hang – censuré dans son pays – ne milite pas ; parfois interrompu au cours de séances de travail pour “suspicion de sexe”, il assure que :“Les idées politiques exprimées dans mes images n’ont rien à voir avec la Chine. C’est la politique chinoise qui veut s’introduire dans mon art”. 

Sans transition avec citation : “Pourquoi tant de vos photos sont-elles prises sur le toit des immeubles et si loin du sol?”. Ren Hang répond: «Quand j’ai fini la prise, je peux sauter” et c’est par un saut de l’ange depuis le toit d’un immeuble où il prenait nombre de ses photos, que Ren Hang décide de suicider, en2017. Immeuble que l’on voit sans doute dans différentes photos de l’exposition, où s’allongent des corps dénudés, membres écartés en étoiles, sur un toit triangulaire qui pointe vers l’arrière-fond urbain, et que les plaques de métal parallèles construisent comme des arrêtes de montagne ; cela tient parfois du très conventionnel, voire romantisme rose bonbonnasse, avec ce baiser d’un couple chacun tête bèche au début du soir. Les scénographies animales, par exemple cette sorte de faisanpaon dont l’oeil noir rappelle – mais légèrement décalé – celui du modèle féminin, ou encore ce serpent bistre qui épouse les jambes dénudées d’une femme jusqu’à venir poser sa tête près de son sexe, sont parfois moins convaincantes ; l’envolée de papillons, l’iguane posé sur l’épaule d’un garçon ou pire encore, vue d’un dos avec deux petits chats, oh c’est choupinet, sur les épaules, aucun intérêt. Par contre, le portrait baignoire d’un visage à demi recouvert d’eau et entouré par les masses sombres de poissons est assez surprenant. La dernière salle,sexplicits’il vous plaît, le meilleur pour la fin, commence par deux photographies vraiment exceptionnelles, avec le dodeliné de collines plus ou moins sombres, dans des tons façon paysages surréalistes, Dali ou Magritte, qui ne sont en fait que les courbes de différents fessiers ou poitrines, la chose est raiment délicate et surprenante ; le reste de la salle est plus trash, notamment pour le diaporama où, entre autres, séances de peinturlurage de sexes en émoi sont de mises, ou encore un paysage de verte campagne parsemée de personnes fesses à l’air, inclinées, face à l‘objectif. La façon de jouer cache-cache cache-sexe avec le maquillage souligne le caractère artificiel de la relation au corps, de multiples mains – les ongles vernis rouge femme fatale – enserrent, ou plutôt, recouvrent un sexe féminin rendu ainsi à la limite de la vulgarité, une bouche monstrueuse par certains aspects est dessinée par le rouge des ongles, un visage entouré de feuilles a ses paupières recouvertes par deux pouces, donnant à la scène une certaine apparence surréelle. Somme toute, le traitement de la nudité, sans sacrifier à un voyeurisme pornocratique ni trop verser dans la facilité romantictoc, propose de belles photopornographies, avec cependant une qualité de cliché qui laisse un peu à désirer, des formats peut-être trop grands pour certaines, ce qui – de près – rend peu justice. L’occasion est belle, car les droits des clichés de Ren Hang sont désormais exclusivement contrôlés dans leur diffusion par ses parents, assez réfractaires à ses activités, seuls ceux du diaporama de la dernière salle sans doute leur échappent : y défilent 1200 images récupérées dans l’archéologie du web. 

Et puisque la chute est aussi une manière de voler, avec Hang,Love is in the air. 

Vincent Adams–Aumérégie

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