“Balade philosophique » à Sète.

Lorsqu’on arrive au mont Saint-Clair à partir du port de Sète, le cimetière marin s’esquisse impassiblement à flanc de colline derrière le Théâtre de la Mer. Pour l’atteindre, il faut emprunter une petite route sinueuse, s’ouvrant finalement sur l’étendue bleue. Une fois passée l’entrée de la nécropole, ville blanche aux demeures silencieuses et bien alignées ; le regard s’ouvre sur cette double immensité azure, entre ciel et mer qui se confondent. Le visiteur éprouve alors la calme désorientation de l’ensevelissement perpétuel. Il se fraye un chemin parmi les mausolées pentus, promenade descendante et étagée ; mais ne perd pas de vue l’horizon, sans cesse retrouvé. Le promeneur s’abîme entre les tombes sans jamais être submergé par une mer toujours lointaine : impossible descente aux enfers d’un Orphée fasciné par l’immensité qui lui fait face, éprouvant cette infinie confiance de la présence de l’être aimé à son côté : présence nécessairement invisible, et tournée nécessairement comme lui vers le bleu … Tranquillité d’une Eurydice que l’on croit retrouvée … Le calme d’un cimetière marin sous le soleil de midi, à l’heure où les ombres ne peuvent nous faire face.

L’intuition du visiteur lui permet ainsi d’expérimenter topographiquement le prolongement « toujours recommencé » d’un « dédain souverain » pour notre nature finie, comme l’écrivait Valéry dans son poème “Le cimetière marin” : certitude d’une immortalité mythologique, à la fois pure expérience d’une durée in-quantifiable, et « temple du Temps » qui s’élève hors de toute spatialité. Ce lieu du temps pur, comme extirpé des règles de l’espace, éveille dans l’esprit du promeneur-philosophe la possible expérimentation de la tentative bergsonienne : définir la durée qualitative, en opposition à un temps des horloges, toujours quantitatif. Ici, nul ne tente de se retourner vers un passé alors définitivement perdu ; plus de compte à rebours ni de trotteuse effrénée : la durée est pure contemplation extatique d’un présent dilaté, ouvert sur le souvenir présentifié.

Toutefois, la trahison n’est pas loin ! Comme Orphée, le promeneur-philosophe se retourne sur sa pensée, qui non seulement disparaît, mais également se désagrège. En effet, citer Bergson sur la tombe de Valéry, n’est-ce pas là certes rappeler la grande admiration du poète pour le philosophe ; mais n’est-ce pas également assimiler avec trop d’impatience des pensées hétérogènes ? Concernant Valéry comme Bergson, n’est-ce pas restreindre leurs deux propositions à une intuition réductrice ? Si Valéry décrit bien, dans “Le cimetière marin”, cette sensation première qui semble renvoyer à la contemplation de l’immortalité ; cette intuition primordiale se dissipe pourtant au fil du poème. De même, chez Bergson, envisager une topographie de la durée semble problématique, alors même que le philosophe dissocie l’espace et le temps. Une durée spirituelle et subjective ne peut que s’opposer à un temps matériel et objectif, défini comme quantitatif, donc spatialisable et divisible. N’est-ce pas d’ailleurs justement sur cette distinction que les deux hommes s’opposent ?

*
* *

Observons tout d’abord la position de Valéry lui-même. “Le cimetière marin” représente en effet tout un cheminement, dans lequel le spectateur fasciné, tel que nous l’avons décrit, voit sa place déconstruite au cours du poème. Car cette position extatique du visiteur de nécropole n’est-t-elle pas avant tout mortifère ? Après avoir expérimenté la stabilité paradoxalement immatérielle de ce temple marin dans les premières strophes du poème, le sujet lyrique se confronte à sa nature éphémère : l’éternel mouvement du ressac ne peut se comparer à notre ultime retour à la poussière ; de même, la mort n’est pas pure dissolution dans l’immensité, mais passage sur l’autre rive. Le sentiment premier de n’être plus, face à ce spectacle, qu’un pur esprit serein face à la mort, semble se déliter : « […] la lumière // Suppose d’ombre une morne moitié ». Il est midi passé, les ombres nous devancent. Le temps nous rattrape. En ce lieu, la terre est « osseuse », l’absence se fait palpable, le marbre tremble, chauffé par le soleil, et l’horizon se découpe au travers des feuillages : la terre reprend ses droits. La blancheur du sol et le vert des cyprès se mêlent à la dominante de bleu qu’imposait jusqu’alors la pureté du ciel et de la mer. A la fausse promesse céleste et marine d’une immortalité infinie mais illusoire, « maigre immortalité », répondent les couleurs de la terre qui s’affirment au premier plan. La mort nous renvoie à notre finitude bien vivante et nous ancre dans une sérénité plus « tranquille » qu’absolue. Une fois les colombes « éloign[ées] », vaines figures spiritualistes d’un au-delà immatériel, que reste-t-il de notre « toit tranquille » ? Il retrouve à présent en partie une dimension moins métaphorique : les voiles au loin ne sont plus des colombes en marche, mais ces « focs » blancs et triangulaires qu’arborent les mats, et qui semblent picorer sur l’étendue marine. La métaphore se déplace du nom au verbe, et par ce procédé poétique, retourne à l’action. Nous semblons sortir du pur pèlerinage vers l’absolu, pour au contraire entrer dans une métaphore de la vie comme voyage apaisé vers une mort matérielle et pourtant bienveillante : « Les morts cachés sont bien dans cette terre // Qui les réchauffe et sèche leur mystère ». Mais cette mort « consolatrice », ce retour dans le « sein maternel », qui semble sous la terre nous mêler à la perfection du tout, n’est pas le zénith de la vie : l’accomplissement n’est pas dans le terme final de notre condition, nous affirme Valéry. Nous reconnaissant mortels, « Courons à l’onde en rejaillir vivant ! ». Les cimetières sont les demeures des morts, et en possèdent l’inerte sérénité, finalement aussi insensible qu’impénétrable, qui ne perçoit plus la morsure de la mort. Mais ils sont aussi le lieu de passage des vivants, qui peuvent y retrouver la passion de la vie, l’empressement de la lutte contre l’imminence de la fin. La voile prend ainsi son ultime sens dans l’ajout d’un dernier protagoniste : les quatre éléments sont maintenant au complet, puisqu’à l’eau marine, au feu solaire, et à la terre « osseuse » du cimetière, vient s’ajouter le vent, souffle de vie et de mouvement. « Le vent se lève ! … Il faut tenter de vivre » : à la fois aide et obstacle, ce vent rend sa vitalité à une mer qui se rompt, déconstruisant l’ultime image des voiles qui alors ne picorent plus, mais s’enflent.

Cette expérience du lieu que nous propose Valéry est donc la complexification d’un sentiment de la durée. À partir d’une contemplation absolue s’élevant au dessus de cet espace ordonné selon une suite d’unités homogènes juxtaposées en rang, de sépulture en sépulture, nous entrons peu à peu dans un royaume où le temps ne s’arrête ni ne se dilate, mais redémarre d’une vitalité toute intérieure. C’est pourquoi Valéry, pour qualifier ce royaume étrange, passe de l’évocation d’un « espace brillant », fondu par le moule d’une « éternelle cause » ; à un lieu, simple « fragment terrestre » :

« Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux ! »

Cette dimension du lieu, opposé à l’espace, et se confondant ultimement avec la « présence […] poreuse » du sujet lyrique, semble au premier abord épouser l’opposition bergsonienne entre le quantitatif et le qualitatif. Il y a en effet chez Valéry dépassement du « Midi » comme figure du « juste », qui divise parfaitement le jour en parties égales, dans la négation de l’ombre, selon un modèle quantitatif fixe et omnipotent. Dans le but de développer une conception du temps et de l’espace plus qualitative, il faut les présenter dans leur pure subjectivité : le temps n’est pas un absolu, même s’il est irrévocable ; et il permet à la fois la contemplation et la vitalité, par une dilatation et une accélération dans les actions humaines. Valéry, en postulant ainsi l’existence d’une porosité entre les catégories de la durée (spirituelle et qualitative) et de l’espace (matériel et quantitatif), souhaite s’opposer au dualisme supposé du philosophe. Pourtant, il semblerait que Bergson ait lui-même pensé un dépassement de ce paradoxe. Il distingue, comme Valéry, ce qu’il nomme « l’espace abstrait » mathématisable, d’un autre modèle qu’il nomme « l’étendue perçue » ; et reprend ainsi, dans une certaine mesure, sa thèse de doctorat concernant la notion d’espace et surtout de « lieu » chez Aristote. Ce dernier ne pose pas le lieu comme une forme abstraite de l’espace, mais bien plutôt comme milieu de développement, enveloppant la vie et produisant les conditions de la vitalité des corps, créées par le corps lui-même. 

Les catégories du « lieu » et de la « présence » sont donc des moyens pour dépasser ce qui semblait être une impossibilité bergsonienne de penser une spatialisation de la durée. Toutefois, la leçon de Valéry ne s’arrête pas là : il ne s’agit pas seulement d’envisager l’espace sur le mode de la durée dans un sens qualitatif, mais il s’agit de reconnaître que dans ce modèle de la durée, un privilège doit être accordé à un modèle de dilatation-accélération active, plutôt qu’à un engourdissement passif dans une spatialisation extatique. C’est pourquoi, comme Aristote et comme Bergson, Valéry s’oppose au sophisme de Zénon d’Élée, qui affirmait que l’être repose sur une immobilité fondamentale, due à une divisibilité infinie de l’espace vide qui entoure les corps. De ce fait, selon Zénon, une flèche n’atteindrait jamais sa cible ; et Achille, lancé à la poursuite d’une tortue, ne pourrait la rattraper. Car toute distance demeurerait intraversable entièrement, puisque chaque espace de l’intervalle serait lui-même composé d’un espace-d’espace au sein de cet intervalle. Comme l’avait ainsi déjà montré Aristote, la faille dans le sophisme de Zénon repose sur le fait qu’il confond l’infini par division et l’infini par composition, dans une conception du vide et non du mouvement. En effet, il ne faut pas superposer un espace abstrait – extérieur aux corps et géométrisable, reposant sur une division infinie (un segment, malgré ses extrémités, est composé d’une infinité de points de même qu’une droite) – ; à un espace physique – composé par les corps et par une structure de juxtaposition non géométrique – . Ainsi, c’est bien l’activité et le mouvement qui permettent véritablement de distinguer le quantitatif (reposant sur une division infinie structurée par le vide) du qualitatif (reposant sur la juxtaposition-succession constituée par le mouvement). La pure durée intérieure du « scintille[ment] » perpétuel et contemplatif face à la mer n’est pas à rechercher. La négation du dualisme durée/espace se manifeste non seulement par une spatialisation de l’âme dans l’envoûtement et la dissolution vis-à-vis de ce qui lui est extérieur, voire même par la spatialisation de l’immatériel dans cet absolu insensible que représente l’espace du cimetière ouvert vers l’au-delà ; mais cette négation passe surtout par une incarnation forte de l’âme, et son inscription dans la matière, au sein d’une logique de l’action : « Brisez, mon corps, cette forme pensive ! », moyen comme un autre de se réapproprier son âme, dans un souffle entraînant, toutes voiles dehors. 

*
* *

À la lumière de ce développement poétique que propose Valéry, nous comprenons ainsi dans quelle mesure l’inspiration lui était ici venue à la fois « d’un certain rythme », mais également de « la lumière d’un certain lieu des bords de la Méditerranée ». Le cimetière marin de Sète, dans ces jeux de couleurs, dans cette topographie descendante et dans cette soudaine confusion entre les éléments, propose au visiteur une expérience insolite de l’espace et du temps. Confrontation spatiale de la durée des vivants et des morts, s’opposant à cette impression première d’un temps saccadé et unitaire, réduisant chaque défunt à sa parcelle et chaque promeneur à sa chute. La référence à Pindare reprend ici tout son sens : ce n’est pas l’immortalité des morts que nous offre le cimetière marin, mais plutôt le courage et l’élan vers la vie. Survivre à Eurydice disparue.

Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον
σπεῦδε, τὰν δ’ ἔμπρακτον ἄντλει μαχανάν.

Ô mon âme, n’aspire pas à la vie immortelle,
mais épuise le champ du possible !

Pindare, Pythiques, III.

N.G.

Cimetière de Sète

Paul Valéry — Charmes ‘‘Le Cimetière marin”, 1920


Μή, φίλα ψυχά, βίον ἀθάνατον
σπεῦδε, τὰν δ’ ἔμπρακτον ἄντλει μαχανάν.

Pindare, Pythiques, III.


Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes ;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée !
Ô récompense après une pensée
Qu’un long regard sur le calme des dieux !

Quel pur travail de fins éclairs consume 
Maint diamant d’imperceptible écume, 
Et quelle paix semble se concevoir ! 
Quand sur l’abîme un soleil se repose, 
Ouvrages purs d’une éternelle cause, 
Le Temps scintille et le Songe est savoir. 

Stable trésor, temple simple à Minerve, 
Masse de calme, et visible réserve, 
Eau sourcilleuse, œil qui gardes en toi 
Tant de sommeil sous un voile de flamme, 
Ô mon silence… ! Édifice dans l’âme, 
Mais comble d’or aux mille tuiles, Toit ! 

Temple du Temps, qu’un seul soupir résume, 
À ce point pur je monte et m’accoutume, 
Tout entouré de mon regard marin ; 
Et comme aux dieux mon offrande suprême, 
La scintillation sereine sème 
Sur l’altitude un dédain souverain. 

Comme le fruit se fond en jouissance, 
Comme en délice il change son absence 
Dans une bouche où sa forme se meurt, 
Je hume ici ma future fumée, 
Et le ciel chante à l’âme consumée 
Le changement des rives en rumeur. 

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change ! 
Après tant d’orgueil, après tant d’étrange 
Oisiveté, mais pleine de pouvoir, 
Je m’abandonne à ce brillant espace, 
Sur les maisons des morts mon ombre passe 
Qui m’apprivoise à son frêle mouvoir. 

L’âme exposée aux torches du solstice, 
Je te soutiens, admirable justice 
De la lumière aux armes sans pitié ! 
Je te rends pure à ta place première, 
Regarde-toi… ! Mais rendre la lumière 
Suppose d’ombre une morne moitié. 

Ô pour moi seul, à moi seul, en moi-même, 
Auprès d’un coeur, aux sources du poème, 
Entre le vide et l’événement pur, 
J’attends l’écho de ma grandeur interne, 
Amère, sombre, et sonore citerne, 
Sonnant dans l’âme un creux toujours futur ! 

Sais-tu, fausse captive des feuillages, 
Golfe mangeur de ces maigres grillages, 
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants, 
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse, 
Quel front l’attire à cette terre osseuse ? 
Une étincelle y pense à mes absents. 

Fermé, sacré, plein d’un feu sans matière, 
Fragment terrestre offert à la lumière, 
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux, 
Composé d’or, de pierre et d’arbres sombres, 
Où tant de marbre est tremblant sur tant d’ombres ; 
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux ! 

Chienne splendide, écarte l’idolâtre ! 
Quand solitaire au sourire de pâtre, 
Je pais longtemps, moutons mystérieux, 
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes, 
Éloignes-en les prudentes colombes, 
Les songes vains, les anges curieux ! 

Ici venu, l’avenir est paresse. 
L’insecte net gratte la sécheresse ; 
Tout est brûlé, défait, reçu dans l’air 
À je ne sais quelle sévère essence… 
La vie est vaste, étant ivre d’absence, 
Et l’amertume est douce, et l’esprit clair. 

Les morts cachés sont bien dans cette terre 
Qui les réchauffe et sèche leur mystère. 
Midi là-haut, Midi sans mouvement 
En soi se pense et convient à soi-même… 
Tête complète et parfait diadème, 
Je suis en toi le secret changement.

Tu n’as que moi pour contenir tes craintes ! 
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes 
Sont le défaut de ton grand diamant… 
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres, 
Un peuple vague aux racines des arbres 
A pris déjà ton parti lentement.  

Ils ont fondu dans une absence épaisse, 
L’argile rouge a bu la blanche espèce, 
Le don de vivre a passé dans les fleurs ! 
Où sont des morts les phrases familières, 
L’art personnel, les âmes singulières ? 
La larve file où se formaient les pleurs. 

Les cris aigus des filles chatouillées, 
Les yeux, les dents, les paupières mouillées, 
Le sein charmant qui joue avec le feu, 
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent, 
Les derniers dons, les doigts qui les défendent, 
Tout va sous terre et rentre dans le jeu ! 

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe 
Qui n’aura plus ces couleurs de mensonge 
Qu’aux yeux de chair l’onde et l’or font ici ? 
Chanterez-vous quand serez vaporeuse ? 
Allez ! Tout fuit ! Ma présence est poreuse, 
La sainte impatience meurt aussi ! 

Maigre immortalité noire et dorée, 
Consolatrice affreusement laurée, 
Qui de la mort fais un sein maternel, 
Le beau mensonge et la pieuse ruse! 
Qui ne connaît, et qui ne les refuse, 
Ce crâne vide et ce rire éternel ! 

Pères profonds, têtes inhabitées, 
Qui sous le poids de tant de pelletées, 
Êtes la terre et confondez nos pas, 
Le vrai rongeur, le ver irréfutable 
N’est point pour vous qui dormez sous la table, 
Il vit de vie, il ne me quitte pas! 

Amour, peut-être, ou de moi-même haine? 
Sa dent secrète est de moi si prochaine 
Que tous les noms lui peuvent convenir ! 
Qu’importe ! Il voit, il veut, il songe, il touche ! 
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche, 
À ce vivant je vis d’appartenir! 

Zénon ! Cruel Zénon ! Zénon d’Êlée ! 
M’as-tu percé de cette flèche ailée 
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas ! 
Le son m’enfante et la flèche me tue ! 
Ah ! le soleil… Quelle ombre de tortue 
Pour l’âme, Achille immobile à grands pas ! 

Non, non… ! Debout ! Dans l’ère successive ! 
Brisez, mon corps, cette forme pensive ! 
Buvez, mon sein, la naissance du vent ! 
Une fraîcheur, de la mer exhalée, 
Me rend mon âme… Ô puissance salée ! 
Courons à l’onde en rejaillir vivant. 

Oui ! Grande mer de délires douée, 
Peau de panthère et chlamyde trouée, 
De mille et mille idoles du soleil, 
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue, 
Qui te remords l’étincelante queue 
Dans un tumulte au silence pareil, 

Le vent se lève… ! Il faut tenter de vivre ! 
L’air immense ouvre et referme mon livre, 
La vague en poudre ose jaillir des rocs ! 
Envolez-vous, pages tout éblouies ! 
Rompez, vagues ! Rompez d’eaux réjouies 
Ce toit tranquille où picoraient des focs !


BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE :

¤ André HAYEN, « La théorie du lieu naturel d’après Aristote. Contribution à l’étude de l’hylémorphisme », Revue néo-scolastique de philosophie. 40ᵉ année, Deuxième série, n°53, 1937. pp. 5-43.

¤ François HEIDSIECK, Henri Bergson et la notion d’espace, Paris, L’Harmattan, 2011.

¤ Lucien MALVERNE, « Aristote et les apories de Zénon »,Revue de Métaphysique et de Morale, 58e Année, No. 1/2 (Janvier-Juin 1953), pp.80-107.

¤ Judith ROBINSON, « Valéry, critique de Bergson »,Cahiers de l’Association internationale des études francaises, 1965, n°17. pp. 203-215.

¤Espace et lieu dans la pensée occidentale, dir. Thierry PAQUOT et Chris YOUNES, Paris, La Découverte, 2012.

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