Jeune, gay et impudique, Jacques Villeglé– Galerie Vallois, 36 rue de Seine 75006. 

22 février-12 avril 2019. 

– “Jeune, gay et impudique… – Ola olé, qu’est-cela messire Sexplicit ?, annoncent au mégaphone Dama Censure et Frérot Gros (Big Bro) à la lecture de ces lignes télégrammatiques.

Effectivement, comme dit le proverbe Chaud lapin de bon matin, qui donne en version scolastique et sans calembours, ou camembert, Le Paresseux de Saint-Amant : “fagoté, / Comme un lièvre sans os qui dort dans un pâté”.

Aussi pour les lapinous qui sont encore au lit, lisant d’une seule main (dirait Rousseau), ou pratiquant sommeil et autre journalière activité (sieste, somme, roupillon, ronflette) restez-y car dévergondage de la rate et sex dératé au programme :Essayer encore, rater encore, rater mieux quote beckettien de tout conseiller conjugal, patri-, matri-monial et monacal.

L’exposus-mentionnée se trouve rue de Seine, n°36, car c’est saine et salutaire expo, galerie Vallois : halte qui va là. Après le titre, qui prélimine le con tenu (en deux mots), voici l’artiste : Jacques (de la) Villeglé dont c’est, pour tous les délurés en délire et murènes maga d’affiches, la 9ème expo en titre depuis 20 ans, offre une alternative mens sana in corpore sano à sanie et autres fluides déclenchés par publicités pornocratiques (dixit Proudhon)de la Grande Babylone du Kapital.“Notre maxime? cul-tiver son intellect à moindre prix.” nous apprennent les galeristes. Certes, I made that up :comme on dit en transatlantique. Et comme cette feuille de chou fleur de lys à lire exige placere et docere, basta avec jolis mots aïe aïe ouille, pour quelques doctes infos : né en 1926, Villeglé a brièvement fait partie du groupe des Nouveaux Réalistes (1960 : Klein, Raymond Hains, F. Dufrêne, etc), récupérant au couteau des pans d’affiches placardées et lacérées. 

Opérant comme une biopsie sur le tissu urbain, le geste de décollage, c.à.d de désaffichage, en prélevant des affiches déstructurées par des anonymes, recadre les signes publicitaires, devenus indices, en faisant jouer “inconscient collectif”, phantasmes personnels et fonctionnement interprétatif du regardant. Biaisant le ready-made, duquel on rapproche souvent sa démarche ,le travail de Villeglé fait fonctionner l’affiche devenue – une fois marouflée – tableau, à plein phantasma et puissances imaginatives au niveau herméneutique. 

Ainsi d’une toile : visage de femme sensuel, lèvres cornalines ; en haut le titre Volupta visible en partie ; en dessous dernière syllabe d’un terme thoninternational ; sur la gauche, autre pub Encore une heure ; en bas un tract déchiré de l’Humanité ; et à droite, un prospectus où l’on lit : a bénéficié du soutien du Ministère de la Culture. Bref, la contiguïté déchirée de ces éléments érotiques, le coq-à-l’âne ironique ainsi créé par le rapprochement déflationnent tout message :publicitaire (en en montrant l’impudicité réelle ou phantasmée), politique (en en révélant la séduction show-bizbille).De ce titre – Volupta – on verra sur une autre toile la suite du mot d’ordre manifestaire :Volupta elle vous met le feu aux… suivi d’une aposiopèse, trois petits points et puis s’en vont au suspens insoutenable, trois gros points d’excla !!! 

La déchirure partielle, parfois en frisselis ou francs découpages, induit des effets de sens tous azimuts et zizaniques :l’aléatoire est réinvesti par le regard du spectateur comme significatif. Ainsi, une toile avec des affiches d’une Nikita lascive collées en série actualise au fil des découpures de possibles onomastiques : ita est ,Nikita devient Nik, puis Kit. En même temps que l’érotisme du portrait frissé est réduit à sa plus graveleuse expression : Pan Pan Q Q Minitel. En effet, le fil conducteur de ce téléphone rouge ou rose, c’est le 36 15, la Centrale téléphonique qui oriente toutes vos questions, appel non surtaxé dans la limite de la réglementation, et le jeu de mots message / massage n’est jamais loin. Ce lyrisme à la sauvette (titre de la première exposition de Villeglé en 1957) invite ici à découvrir avec eutrapélie démarcations d’une affiche sur l’autre, répétitions d’une toile à l’autre, faisant de l’exposition un puzzle de papier X format XXL. Cependant, dommage pour l’absence de cartel, ou de catalogue récapitulatif des caractéristiques opérales car impossible de trouver titres, dates et dimensions des oeuvres. 

Et pour finir, stop alcool styleSex on ze beach, c’est champomy pour les grands et les petits et les sportifs : car pour chastes yeux chassieux, voici une prude alternative paronomastique ; à La Villette Le mercredi, c’est transpi!  En effet, vous aurez jusqu’au 5 janvier en huit, soit2020 pour chausser chausses et baskets dunk panier à chaussures pour tout découvrir sur les phénomènes de sudation qui vous passionnent.

Bref, Villeglé (jusqu’au 12 avril) ou Villette, Corps ou Sport, Ange ou Démon, dans les deux cas, dixit la plaquette de l’une et l’autre, “Testez vos performances dans une exposition participative unique en son genre !”. 

Expo très X-Factor en perspective et ravissement, aux deux sens du terme et aux cinq de l’être, décollage et décalage : xxxx en sms = je vous embrasse, ou embarrasse, En vous priant de bien vouloir &c. et blablabla

Le site de la galerie :http://www.galerie-vallois.com/exposition/jeune-gay-et-impudique/

Vincent Adams–Aumérégie

One thought on “Jeune, gay et impudique

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.